Renouvellement aux 90 jours – L’Ordre plaide pour l’utilisation du jugement professionnel

Ces derniers jours, dans le Journal de Montréal et d’autres médias, il a été question du renouvellement des médicaments aux 90 jours. Lors de chacune des entrevues réalisées par Bertrand Bolduc, président de l’Ordre, ou moi-même, nous avons répété notre position sur le sujet : rien n’empêche les pharmaciens de renouveler les médicaments d’un patient pour 90 jours. Une seule règle s’applique pour le pharmacien : utiliser son jugement professionnel.

Lorsqu’un patient souffre d’un problème de santé chronique, qu’il prend bien son traitement et qu’il est stable, il pourrait être tout à fait indiqué pour le pharmacien de donner 90 jours de traitement. Dans un cas à l’opposé, par exemple celui d’un patient dont la situation nécessite un suivi plus serré ou celui qui ne prend pas bien son traitement, il ne serait pas approprié de lui donner trois mois de traitement. Dans cette situation, le renouvellement aux 30 jours ou moins serait plus indiqué.

L’article publié ce matin dans le Journal de Montréal est titré « L’Ordre plaide pour le 30 jours ». En appui à cette affirmation, le journaliste fait référence à une position du conseil d’administration de l’Ordre prise en 1993, renouvelée en 2003, et qui est toujours en vigueur. Mais l’article n’en n’expose malheureusement pas les nuances.

Cette position mentionne effectivement, tel qu’écrit dans le Journal de Montréal, que « l’Ordre considère qu’en règle générale, la remise d’une quantité de médicaments équivalent à trente jours constitue une saine pratique qu’il faut continuer à encourager. »

Mais ce que l’article ne mentionne pas, c’est qu’elle dit également, en conclusion :

« Le pharmacien peut donc, selon son jugement professionnel et sur la base de son évaluation des besoins de son patient, fournir une quantité de médicament excédant 30 jours, si cela s’avère justifié par les besoins du patient. »

Cette partie du texte était tellement importante qu’elle apparaît même dans un encadré, tel que vous pouvez le constater à la lecture du document qui se trouve ici.

Maintenant, lorsque nous entendons que des pharmaciens refusent de servir des médicaments aux 2 ou 3 mois sans plus d’explications, nous ne pouvons l’approuver. Si le pharmacien refuse de le faire, il doit en justifier les raisons et les expliquer à son patient. Ces raisons doivent être de nature professionnelle et viser l’intérêt du patient, et non pas administrative et viser l’intérêt du pharmacien. Un rappel sera fait à nos membres en ce sens.

Il est clair toutefois qu’à l’Ordre, nous nous opposerons toujours à des mesures mur-à-mur et simplistes qui ne tiennent pas compte de l’état de santé particulier d’un patient et du jugement d’un professionnel formé pour l’exercer. Le pharmacien se trouve parfois dans l’obligation déontologique  de refuser des demandes d’un patient s’il en va de l’intérêt de ce dernier. Donner 90 jours de traitement à une personne dépressive à risque suicidaire, à un patient qui présente des risques d’abus, dont la condition n’est pas contrôlée, qui risque d’utiliser le médicament de façon non appropriée ou à une personne qui risque de voir son traitement changer ne seraient pas des pratiques sécuritaires et seraient plus coûteuses pour le patient et la société; nous ne saurions les approuver.

Mais notre plaidoyer à nous, ce n’est pas le 30 jours ou le 90 jours. Notre plaidoyer, c’est de prendre en considération la réalité des patients. C’est l’utilisation du jugement professionnel.

3 commentaires sur “Renouvellement aux 90 jours – L’Ordre plaide pour l’utilisation du jugement professionnel”

  1. Lina Guilbault dit :

    Qu’en est il des produits Narcotiques, Cibles et des Contrôles ?
    Je suis complètement t d’accord avec l’article pour les produits Pr Mais je suis plus
    « frileuse » Avec les autres substances.
    Quel est la ligne de conduite pour ces produits?

    1. Ordre des pharmaciens du Québec dit :

      Bonjour Mme Guilbault,

      En termes de ligne de conduite, vous devez bien sûr, avant de délivrer une quantité de médicaments pour plus de 30 jours de traitement (en conformité avec l’ordonnance), tenir compte de l’état clinique de votre patient, de son adhésion au traitement, de l’usage sécuritaire du médicament, du type de médicament, de son potentiel de détournement et de tout autre élément pouvant vous aider à justifier votre décision. Vous êtes responsable de cette évaluation et de la décision, qui doit être individualisée. Que vous acceptiez ou refusiez de servir une quantité équivalente à plus de 30 jours de traitement, vous devez en consigner les raisons au dossier du patient. Tel que spécifié par Mme Lambert dans son billet de blogue, il faut prendre en considération la réalité des patients et utiliser son jugement professionnel.

  2. Lynda Gagné dit :

    Dans ma pratique,il arrive que l’on serve des Narcotiques pour 90 jrs entre autres pour les patients qui partent pour l’hiver dans le sud.On doit s’assurer que la condition du patient est stable.Il faut aussi en informer le médecin et avoir une rx qui couvre cette période.
    En plus nous justifions au dossier le pourquoi et faisons signer au patient une formulaire de consentement concernant la sécurité de transporter des Narcotiques et les mises en garde.C’est effectivement le jugement professionnel qui s’impose.

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